Il me semble que c’est un jeu de patience, de patience et de dénuement.
Des morceaux d’os blanchis qu’on fait sauter dans ses mains en attendant le lendemain.
Des morceaux d’os blanchis qu’on fait sauter dans ses mains en attendant le lendemain.
31 mars 2009
Le chien
Nous traversons la ville en son milieu par la rue principale qu'on dit nationale. Nous ne sommes pas seuls, bientôt coincés dans un embouteillage. Il fait chaud, je suis assise à l'arrière car je suis une enfant. Les voitures sont à touche touche, leurs vitres baissées, je suis à l'arrière de l'une d'entre elles. Dans une autre à côté, de mon côté, il y a un chien assis. Il tire la langue comme font les chiens qui ont trop chaud, il bouge une tête stupide comme font les bêtes domestiquées. Je le regarde, il me regarde, je le vois me voir. Je ne sais pas si le dégoût vient avant la honte mais je rougis.
28 mars 2009
Réunion de production
- Voilà ce serait à peu près ça ... mais bon ... l'histoire ne compte pas, pas tant que ça... Ce que j'aimerais réussir à rendre c'est .. un esprit, une atmosphère. Laisser croire que tout est possible.
Il se tait, les gens hochent la tête. Il plonge dans son sac sous la table, il fait semblant de chercher quelque chose pour se soustraire à cette gêne. Plié en deux, la tête en bas, il se demande où puiser l'énergie et le courage de remonter. S'il restait penché comme cela, est-ce que les autres partiraient ? Il se redresse, un stylo entre les doigts.
Quelqu'un se racle la gorge à l'autre bout de la table de réunion :
- En lisant le... le scénario, je crois avoir décompté 12 extérieurs différents, très différents.... tu penses vraiment que ce soit nécessaire à l'histoire ?
- Non... non non...et puis je me disais qu'on pouvait signifier cela de façon très simple... des posters suffiraient pour marquer ces décors différents.
Le chef-décorateur le regarde l'air suspendu et finalement peut-être insulté : « tu dis des posters ? ... des posters ?». L'équipe le regarde. Lui aussi.
Il se tait, les gens hochent la tête. Il plonge dans son sac sous la table, il fait semblant de chercher quelque chose pour se soustraire à cette gêne. Plié en deux, la tête en bas, il se demande où puiser l'énergie et le courage de remonter. S'il restait penché comme cela, est-ce que les autres partiraient ? Il se redresse, un stylo entre les doigts.
Quelqu'un se racle la gorge à l'autre bout de la table de réunion :
- En lisant le... le scénario, je crois avoir décompté 12 extérieurs différents, très différents.... tu penses vraiment que ce soit nécessaire à l'histoire ?
- Non... non non...et puis je me disais qu'on pouvait signifier cela de façon très simple... des posters suffiraient pour marquer ces décors différents.
Le chef-décorateur le regarde l'air suspendu et finalement peut-être insulté : « tu dis des posters ? ... des posters ?». L'équipe le regarde. Lui aussi.
26 mars 2009
Les modalités de l'action
- La grève n'est pas une finalité en soi. Si nous devenons trop mous, il ne se passera rien.
- Je suis avocate; je suis ici pour vous donner une interprétation restrictive de l'injonction qui a été déposée hier contre vous. Le reste je ne veux pas l'entendre.
Elle se tourne vers Jean-Michel à ses côtés, il garde les bras bien croisés et le regard haut. Elle rit en se balançant de droite à gauche, décroise les jambes et tient mollement le micro. Elle est assise sur le bord de la scène devant la maigre assemblée ce matin de professeurs en grève. Les purs et durs me dit-on, « il y aura plus de monde à l'assemblée consultative ». La veille une injonction a été émise à l'encontre de leur syndicat pour interdire les actions des grévistes qui nuiraient au bon fonctionnement de l'Université. Il ne faut désormais plus empêcher, intimider, bloquer, faire, nuire, ordonner et ce dans un périmètre de moins de 5 mètres.
Le téléphone de Jean-Michel sonne. Il porte un brassard du CSN au nom duquel il doit promulguer des conseils sur les modalités possibles de l'action. Il n'est pas professeur, il s'occupe des modalités. Debout au pied de la scène, il regarde son téléphone qui brille dans sa main, il le porte à son oreille en s'éloignant, l'air important.
Une question dans la salle, une professeure à qui on dit « plus fort! » répète plus fort :
- Est-ce que dessiner un périmètre de 5 mètres à la craie pourrait être considéré comme du vandalisme ?
L'avocate hoche la tête pour peser le pour et le contre. Jean-Michel qui est revenu se tient le menton l'air problématique et finalement conseille : « C'est sûr qu'il ne faut absolument rien mettre sur les murs; bon sur le sol, la craie... peut-être que ça peut passer ». Un silence dans la salle.
- Je suis avocate; je suis ici pour vous donner une interprétation restrictive de l'injonction qui a été déposée hier contre vous. Le reste je ne veux pas l'entendre.
Elle se tourne vers Jean-Michel à ses côtés, il garde les bras bien croisés et le regard haut. Elle rit en se balançant de droite à gauche, décroise les jambes et tient mollement le micro. Elle est assise sur le bord de la scène devant la maigre assemblée ce matin de professeurs en grève. Les purs et durs me dit-on, « il y aura plus de monde à l'assemblée consultative ». La veille une injonction a été émise à l'encontre de leur syndicat pour interdire les actions des grévistes qui nuiraient au bon fonctionnement de l'Université. Il ne faut désormais plus empêcher, intimider, bloquer, faire, nuire, ordonner et ce dans un périmètre de moins de 5 mètres.
Le téléphone de Jean-Michel sonne. Il porte un brassard du CSN au nom duquel il doit promulguer des conseils sur les modalités possibles de l'action. Il n'est pas professeur, il s'occupe des modalités. Debout au pied de la scène, il regarde son téléphone qui brille dans sa main, il le porte à son oreille en s'éloignant, l'air important.
Une question dans la salle, une professeure à qui on dit « plus fort! » répète plus fort :
- Est-ce que dessiner un périmètre de 5 mètres à la craie pourrait être considéré comme du vandalisme ?
L'avocate hoche la tête pour peser le pour et le contre. Jean-Michel qui est revenu se tient le menton l'air problématique et finalement conseille : « C'est sûr qu'il ne faut absolument rien mettre sur les murs; bon sur le sol, la craie... peut-être que ça peut passer ». Un silence dans la salle.
22 mars 2009
Avant le souper
Elle est impossible, nous sortons. Il fait beau mais encore froid. En bas des marches, elle dit non non plantée sur ses deux pieds. Je la tire vers le soleil récalcitrante. Nous marchons à reculons sur la rue Mont-Royal, elle regarde le bus à l'arrêt, le suit des yeux quand il démarre. Elle s'assoit sur une marche, je m'assois à côté. Je tend mon visage vers le soleil, elle gigote un peu pour se coller mieux. Je la regarde de tout près pour comprendre son problème. Elle a des traces de larmes sur les joues, le nez et le menton mouillés, le bonnet trop grand au ras des yeux, l'anorak plein de miettes et ses mains dodues qu'elle voulait nues toutes rouges de froid. Elle consent à sourire au milieu de tout cela. Assises sur un trottoir dans la poussière du soir, nous aimons ne plus avoir de but.
18 mars 2009
La consultation
Je suis là parce que j'ai rendez vous. La secrétaire a vérifié ma carte d'assurance maladie, pris l'empreinte de ma carte d'hôpital. Je suis la bonne personne qui va avec cette carte et mon dossier affiche les coordonnées rassurantes de ma vie. Mon adresse, mon téléphone, celui de mon mari en cas d'urgence. J'ai rendez-vous et j'attends mon tour. Sur les murs, des affichettes insistent en rose et en délié sur des problèmes intimes, parlons en! sans préciser à qui. J'entends mon nom.
Je suis une infirmière, j'ai commencé mon chiffre ce matin à 9h. Je prends les dossiers, j'appelle des noms, des femmes se lèvent que je répartis dans les salles d'examen. Celle-ci à la salle 3 avec le docteur Landry.
Il y a le bureau du docteur, petit et impersonnel; il y a la chaise d'où l'on répond avec application; il y a une autre chaise pour poser ses effets derrière un rideau qu'on peut tirer. La table d'examen bien au milieu et une jaquette à motifs posée dessus.
J'enfile la jaquette par dessus mon chemisier et ma culotte, en bas les chaussettes. Je croise mon reflet dans la glace, je me demande si je ressemble aux autres. Il entre, il s'assoit tout de suite au petit bureau. Surprise devant le miroir, je ne suis pas à la bonne place, ça perturbe l'organisation de la salle et celle prévue des corps. Il est le docteur Landry. Je passe derrière lui et m'assois sur la chaise à sa droite. Il demande sans me regarder : on s'est déjà vu?
Je suis une infirmière, j'ai commencé mon chiffre ce matin à 9h. Je prends les dossiers, j'appelle des noms, des femmes se lèvent que je répartis dans les salles d'examen. Celle-ci à la salle 3 avec le docteur Landry.
Il y a le bureau du docteur, petit et impersonnel; il y a la chaise d'où l'on répond avec application; il y a une autre chaise pour poser ses effets derrière un rideau qu'on peut tirer. La table d'examen bien au milieu et une jaquette à motifs posée dessus.
J'enfile la jaquette par dessus mon chemisier et ma culotte, en bas les chaussettes. Je croise mon reflet dans la glace, je me demande si je ressemble aux autres. Il entre, il s'assoit tout de suite au petit bureau. Surprise devant le miroir, je ne suis pas à la bonne place, ça perturbe l'organisation de la salle et celle prévue des corps. Il est le docteur Landry. Je passe derrière lui et m'assois sur la chaise à sa droite. Il demande sans me regarder : on s'est déjà vu?
15 mars 2009
Comme dans un Truffaut
Il porte un chapeau et une barbe, une cravate et une veste, aux pieds des espadrilles. Il est vraiment lui comme ça. Il chante, il joue, et sa voix et ses gestes s'accordent très simplement. Il danse un peu d'avant en arrière. Tout ce qu'il fait lui ressemble, lui appartient. Les jeunes filles à côté dansent en fermant les yeux. Je ne bouge pas trop, j'essaie d'être là. Nous sortons, la rue est déserte et venteuse, on dirait un western, nous sommes quatre amis. La vie est dure mais elle est belle et c'est pour ça qu'on y tient tellement.
9 mars 2009
Le décompte
Nous avons sonné, je l'ai regardé. J'aurais pu en attendant avoir ces gestes, on tire un peu, on époussette, on arrange le col. La porte devant laquelle nous attendons est vitrée, elle donne sur un vestibule fermé par une autre porte à rideau qui cache une agitation. La première s'ouvre, ils courent, ils sont là tous les deux. Le grand est excité et se rue sur la poignée pour ouvrir la seconde. Plus bas la petite se fraie un passage, l'air qui veut pleurer. L'émotion lui fronce le nez et tord la bouche. Il se jette dans les bras de son père, je n'ai que le temps de l'effleurer. Je la prend tout doucement, elle me regarde sans sourire vraiment. Je pensais à ce moment, nous nous serrions si fort que je sentais leurs corps de là où nous étions, loin d'eux, mais elle se tient raide dans mes bras et un peu en arrière. Je cherche son abandon avec les gestes habituels, le nez dans le cou et sur les joues. À côté, mon fils montre sa main doigts écartés et dit « ça n'était pas ça ... », il montre encore sa main plus deux doigts de l'autre : « mais ça! ».
8 mars 2009
Jeu de cubes
En fait il ne s'agit pas de vengeance, ni d'aventures, pas même d'amour. C'est plus simple et c'est moins drôle. Je veux montrer une histoire comme un cube : produire assez d'angles pour en deviner le volume, donner certaines des faces, mais pas toutes, ni les déplier. Tracer un dessin lacunaire mais précis.
La première histoire est une histoire de reconnaissance, celle que l'on attend, celle qu'on reçoit, la balances des deux, les comptes qu'on arrange. Des choses arrivent douloureuses mais comme des cuticules, pas plus graves que ça, enfin pas toujours. L'homme de cette histoire est un cinéaste, il montre son film dans une ville qu'il ne connaît pas, il espère ainsi échapper à une malédiction. Personne ne lui dit directement mais le public n'aime pas, il le comprend assez vite et on ne le détrompe pas. La malédiction est à l'intérieur même de son projet et c'est elle qu'il faudra essayer de voir.
La première histoire est une histoire de reconnaissance, celle que l'on attend, celle qu'on reçoit, la balances des deux, les comptes qu'on arrange. Des choses arrivent douloureuses mais comme des cuticules, pas plus graves que ça, enfin pas toujours. L'homme de cette histoire est un cinéaste, il montre son film dans une ville qu'il ne connaît pas, il espère ainsi échapper à une malédiction. Personne ne lui dit directement mais le public n'aime pas, il le comprend assez vite et on ne le détrompe pas. La malédiction est à l'intérieur même de son projet et c'est elle qu'il faudra essayer de voir.
27 févr. 2009
Une histoire. La vengeance
Ils attendent sous sa fenêtre que la lumière s'éteigne. Le cendrier déborde de cette attente. Il ouvre la fenêtre pour aérer et monte le chauffage pour compenser. Le froid gagne vite, elle lui dit, il remonte la vitre avec la manivelle. Il craint que l'ambiance n'ait viré. La lumière s'éteint, assombrissant tout à coup la façade.
- Ah quand même ... On y va ? Elle se tourne vers lui, il lui trouve un sourire féroce.
Il hésite, habitué à ses soucis il les supporte, il n'en veut pas de nouveaux, imprévisibles, inconfortables. Il se méfie de l'action. Elle a déjà ouvert sa porte et dit « on y va», c'est sans appel. Tout à l'heure, au chaud, la bière l'avait porté, ivre et joyeux de tant d'évidences scandalisées. Il faut se défendre,oui, mais pas seulement, non, rendre coup pour coup, oui , et pas tant pour lui, non, que pour son film aussi. Maintenant, engourdi et nauséeux - toutes ces cigarettes lui qui n'en avait pas fumées depuis trois ans - il ne souhaite plus qu'un peu d'eau tiède pour rincer ses mains lasses. S'adoucir.
- Ah quand même ... On y va ? Elle se tourne vers lui, il lui trouve un sourire féroce.
Il hésite, habitué à ses soucis il les supporte, il n'en veut pas de nouveaux, imprévisibles, inconfortables. Il se méfie de l'action. Elle a déjà ouvert sa porte et dit « on y va», c'est sans appel. Tout à l'heure, au chaud, la bière l'avait porté, ivre et joyeux de tant d'évidences scandalisées. Il faut se défendre,oui, mais pas seulement, non, rendre coup pour coup, oui , et pas tant pour lui, non, que pour son film aussi. Maintenant, engourdi et nauséeux - toutes ces cigarettes lui qui n'en avait pas fumées depuis trois ans - il ne souhaite plus qu'un peu d'eau tiède pour rincer ses mains lasses. S'adoucir.
Les mains
L'avenir est déjà là dans le souci qu'il nous donne. Le présent nous harasse des mille et un gestes à accomplir. Prolifére sans relâche ce qu'il nous incombe de faire : luxuriante responsabilité qui se nourrit de nos corps et de leur fatigue. Ce matin, assis sur notre lit, nous nous tenons les mains et ce contact écarte tout, une minute soudain très souple et très spacieuse. Les enfants attendent sur le seuil de la chambre, rendus timides par cette rupture de rythme. Notre fils retient un peu ses histoires de chevaliers qui pressent derrière son front, en retrait sa sœur, petite boule d'or et nez qui coule n'ose pas bouger. La chambre est claire et je reprend espoir.
22 févr. 2009
Une histoire. La projection
Il est bientôt 20h30, la projection va commencer. La salle est presque vide : les deux personnes qui l’ont invité, quelques étudiants venus l’écouter et trois autres personnes qu'il ne reconnaît pas. Son corps planté au pied de l'écran se démesure sous leur regard, il baisse les yeux et ne saura plus les relever. Il glisse en crabe vers le piano pour s'appuyer. La jeune femme qui doit le présenter a disparu, il imagine le pire. La porte s’ouvre, elle descend les marches. Il grince la tête vers elle qui se demande s'il va tomber.
Elle s'approche « on commence ?». Il réussit à écarter un peu les bras, une pointe d'exaspération, ah mais je ne sais pas moi. Elle regarde vers la porte pour vérifier que personne n’arrive. Comme personne n’arrive, elle chuchote, une pointe de reproche, «Tant pis, on commence».
Elle s'approche « on commence ?». Il réussit à écarter un peu les bras, une pointe d'exaspération, ah mais je ne sais pas moi. Elle regarde vers la porte pour vérifier que personne n’arrive. Comme personne n’arrive, elle chuchote, une pointe de reproche, «Tant pis, on commence».
18 févr. 2009
Les moyens du bord
Il mange un sandwich dans son auto, une grande bouteille de limonade débouchée coincée entre ses genoux. Les enfants descendent la rue en courant sous la neige qui tombe. Ils descendent pour rire, pour la vitesse, ils remonteront en tirant la langue. Je les suis et le regarde en passant. Il fait tourner son moteur pour manger au chaud. Il regarde droit devant lui, il marque sa solitude. Arrivés en bas, nous remontons la rue, sa voiture est toujours là qui fume dans le noir. Je suis garée devant lui, je fais monter les enfants et hésite à lui dire qu'on ne peut pas laisser son moteur tourner dans le vide. Et puis je le vois, il prend une goulée de limonade, il s'essuie la bouche au revers de sa manche. Je ne dis rien, je m'installe au volant, un regard au rétroviseur.
16 févr. 2009
Une pause
Je marche et je réfléchis, comme on continue dehors ce qu'on faisait dedans. Je n'ai pas de sac, ni mitaines, ni foulard non plus. Le soleil est fort, l'air vif, mon front se détend. Le béton des trottoirs est dénudé, sur le côté l'herbe jaune, rase et tassée d'avoir porté tant de neige. La structure pour enfants redessine lentement ses fonctions et quitte un peu cet air de base abandonnée. La lumière me pousse, je suis dehors un peu plus que d'habitude. Je décide de ne plus m'en faire.
11 févr. 2009
La souris
Elle croit parfois qu'il la poursuit. Elle court et rit alors, la bouche ouverte, cambrée pour éviter sa main qui la rattrape. Seulement lui s'est détourné, un autre jeu, une autre histoire. Elle jette un œil par dessus son épaule, le voit qui ne la suit plus. Elle s'arrête, elle n'est pas déçue. Elle le regarde et rit encore un peu, le souffle court.
9 févr. 2009
Le cocard
J'ai commencé la première, la tête en bas appuyée sur mes avant-bras, les jambes en l'air et la fille derrière moi pour ne pas tomber. Je suis redescendue très vite, ma partenaire a dit «c'est tout?». Elle s'est mise en position, la tête en bas entre ses bras à mes pieds, mes genoux dans son dos. Une position qu'on dit inversée, il faut imaginer. Elle devait monter une jambe après l'autre, doucement, moi les retenir une fois en l'air. Ça ne s'est pas passé comme ça. Elle a envoyé sa jambe droite si vite que je ne l'ai pas évitée. J'imagine que j'ai ressenti ce qu'un boxeur subit quand l'uppercut arrive qui l'envoie au tapis. Personne n'a compté jusqu'à dix pendant que je regardais le plafond en pleurant très fort. Ce soir le boxeur c'est moi.


8 févr. 2009
Le pincement
Il est assis sur le bord du bassin avec sa meilleure amie. Ils sont faits un peu pareil, des grands yeux, le corps en vallons gracieux. Elle joue avec ses lunettes, il regarde un peu dans le vague, les jambes ballantes. Soudain, ça me pince le cœur, j'ai peur qu'il soit malheureux. Je le scrute en écoutant distraitement mon amie. J'essaie de lire sur son grand visage. Le moniteur de natation arrive, les deux enfants sautent sur leurs pieds, entourant - tendus vers lui - le grand monsieur au casque de bain. Mon fils est tout joyeux, disparue la solitude que je croyais y lire. Je le regarde s'éloigner en essayant de me convaincre.
3 févr. 2009
Le jeu

Elle a cet air sérieux des enfants qui jouent fort. Elle range ses poupons à côté de moi, leur pose un gilet en guise de couverture. Le gilet est de travers, pas le même confort pour tout le monde : ce bébé bien abrillé, celui-là à peine couvert. Je comprend que ça n'est pas ça qui compte. Il faut être convaincue, faire les gestes avec le ton, le sourcil accentué ou la tête penchée. Quand elle a finit, elle dit en écartant les mains un mot en éééé et défait son installation. Elle recommence, à la fin du cycle je me redresse, attrape au vol sa déclaration, elle dit je crois «terminééééé».
2 févr. 2009
La sieste
J'ai déjà bu deux grands thés, je finis un café. Je lis mais toutes les deux lignes je dois reculer dans le texte et essayer encore. Je vais me coucher, 15 minutes pas plus. Je lève la tête et cligne un oeil pour lire le radio réveil. Les 15 minutes sont loin, sans faire le décompte. J'entends mon mari chanter, vivant, actif. Je suis coincée dans mon lit, je ne pourrai jamais en sortir, je ne sais pas faire la sieste.
31 janv. 2009
L'attente
Je suis prête, elle dort. J'ai enfilé mes bottes, j'attends sur le canapé. Il fait très beau, tout est silencieux. Elle dort, nous allons être en retard. Je vérifie notre sac et ses affaires. Je pourrais me reposer, me coucher sur le tapis de leur chambre, à côté d'elle dans son sommeil et nous ne serions pas plus en retard. Mais ce serait trop ouvertement s'en moquer du temps qui passe, alors je reste tendue entre deux gestes.
28 janv. 2009
L'embouteillage
Nous sommes assis dans notre bonne vieille tercel et il neige encore. Je suis au carrefour à la sortie de la garderie. À droite, la rue Sherbrooke a l'air jammé mais je m'y engage, poussée par un espoir qui ne veut pas réfléchir. Nous sommes bloqués tout de suite. Je jette un œil aux enfants, je mets de la musique, une chanson triste que mon fils aime avec les paroles en poésie. À la troisième écoute, je change de disque, fatiguée de crier dans le rétroviseur des explications de texte mangées par la soufflerie.
22 janv. 2009
La reprise
Je branche la bouilloire et j'ouvre mon ordinateur sur la table de la cuisine. Je m'assois dos à la fenêtre, je pense aux nuits de décembre que j'y ai passées. Les fenêtres ont changé depuis, neuves et hermétiques je ne sens plus le froid mais si transparentes que la nuit derrière moi m'intimide. Une amie m'a offert un pull très chaud, je le porte pour travailler. Je ne vais pas sur facebook, j'ouvre un document word. J'ai apporté une pile de livres et j'hésite. Mon fils arrive pour me redire bonne nuit, «ah tu recommences à travailler ?». Je réponds oui, lui caresse la tête et le pousse vers le couloir.
18 janv. 2009
Le couvert
Ils ont faim, ils le disent. Ils tournent dans la cuisine en quête de rapine. Nous ordonnons le mécontentement avec l'autorité de ceux qui ont le pain, «mettez le couvert si vous avez faim». Mon fils grommelle et installe les assiettes des grands, la petite se met dans ses jambes pour faire avancer sa cause. Elle organise son camp : elle sort une assiette en plastique, qu'elle va poser devant sa chaise, puis une autre, encore une. Finalement cinq assiettes bien serrées, empilées à demi s'entassent à sa place. Debout à côté de ce parc, elle attend nerveuse que le miracle opère.
16 janv. 2009
Le froid
Je gratte le pare brise d'une main, je conduis de l'autre. Je suis recouverte de copeaux de glace et dois baisser la tête au ras du volant pour y voir quelque chose. Les enfants à l'arrière sont bien emballés chacun dans une couleur, bleu et rouge. Leurs yeux que la lumière aveugle papillotent dans la buée de nos souffles. Ils ne parlent plus. La radio en anglais occupe l'espace mais mon apprentissage matinal est déconcentré par les éléments. Tout s'évapore, même les arbres, sur le ciel terriblement bleu, j'entends qu'on parle de Gaza.
15 janv. 2009
Feng shui
À Hong Kong, certains occidentaux nonchalants ont construit des bâtiments sans respecter les prescriptions du feng shui. Ces immeubles sont boudés par les chinois et finalement par les occidentaux eux-mêmes qui ne réussissent pas à y attirer les services : cireurs de chaussure, femmes de ménage, livreurs de pizza, laveurs de carreaux, j'imagine. Les bâtiments restent inhabités. La sinologue passionnée dont je suis le cours nous met en garde contre des impairs irréparables que nous pourrions commettre à notre insu. Au restaurant par exemple, le choix d'une mauvaise place peut condamner sans appel une relation naissante. Je me demande si le verdict tombe avant ou après le repas.
11 janv. 2009
Nos billes
La réponse est arrivée par la poste avant Noël. Il l'ouvre et lit avec ses lèvres qui remuent. Il dit «ah... on est pris mais sur la liste d'attente». Je prend la lettre et lis à mon tour. Nous nous regardons, coincés par l'ambiguïté de la réponse «oui mais non». Nous ne réfléchissons pas mais laissons le temps à la réponse de délivrer son vrai message. Plus tard nous comprenons que c'est un refus qui ne dit pas son nom, que nous ne sommes pas pris, que notre fils n'ira pas dans cette école. C'est tout ajoutons-nous en essayant de passer à autre chose et de reprendre nos billes.
10 janv. 2009
L'insomnie

J'entre dans leur chambre, elle est debout dans le noir, la suce dans la bouche. C'est mauvais signe. Je la prend, la câline et hop la recouche. Elle se relève aussi vite que possible et s'accroche aux barreaux du lit. Elle tête et me regarde. J'ai froid, j'ai faim, il est presque cinq heures du matin et j'hésite. Elle tend des bras vers moi pour me convaincre, perd l'équilibre et tombe sur les fesses. Vite vite se relève l'œil vissé aux miens. Quel drôle de manège. Elle comprend que c'est gagné, elle souris avec un son, la fossette de travers. Je la prend dans mes bras et renifle son odeur aigrelette. Nous fermons la porte de la cuisine, je mets le chauffage à fond et le lait à chauffer. Il fait nuit dehors, elle danse de joie en se regardant dans la vitre du four.
Le savon

Nous arrivons tard à la garderie, la collation est déjà prête. Mon fils doit se laver les mains, il accroche au passage la bouteille de savon liquide vert qui tombe, s'ouvre et se répand. Je regarde le dégât et évalue mon retard. Je commence à essuyer le savon, mon manteau me gêne, je mouille mes poignets en rinçant le savon qui mousse sans fin. Je me dis que l'expression « jeter l'éponge » a été inventée un matin comme ça. Les enfants du groupe s'agglutinent et font pouah et beuuurk. Je fais bonne figure. Au moment de partir, l'éducatrice me demande si elle peut vérifier la tête de mon fils, ce matin un pou a été repéré sur la tête d'une amie. En pareil cas, la politique est de renvoyer l'enfant chez lui, alors comme je suis là, ça m'évitera de revenir. Je dis mais bien sûr et je m'assois. Je la regarde épouiller mon fils qui me regarde gentiment. À la fin, il n'a rien, il me fait un câlin discret mais serré. Je pars et me retourne : j'aimerais l'emmener avec moi.
8 janv. 2009
Le terrain (suite)
4 janv. 2009
Les pieds
Il me dit qu'il faut commencer par les pieds, parce que c'est le plus difficile à dessiner et que du coup souvent on s'arrange pour qu'ils sortent du cadre ; on dit, l'air de rien, quand les pieds n'y sont pas, que c'est cadré comme ça, un peu plus haut c'est tout.
Seulement le dessin, il flotte. Et puis c'est paresseux et ça n'est pas malin de tirer au flanc quand on veut apprendre (ça c'est moi qui le dit et je m'y connais). Comme il se passionne, il me donne en exercice de regarder comment font les autres dans les bandes dessinées. Et bien en y regardant de près, c'est étonnant mais, et pour parler vulgairement, je dirai qu'il y en a beaucoup qui ne se font pas trop chier.
Seulement le dessin, il flotte. Et puis c'est paresseux et ça n'est pas malin de tirer au flanc quand on veut apprendre (ça c'est moi qui le dit et je m'y connais). Comme il se passionne, il me donne en exercice de regarder comment font les autres dans les bandes dessinées. Et bien en y regardant de près, c'est étonnant mais, et pour parler vulgairement, je dirai qu'il y en a beaucoup qui ne se font pas trop chier.
2 janv. 2009
Les lionceaux
Glisser encore

Notre luge est trop étroite, elle se renverse toujours dans les descentes. Chez le dépanneur nous en achetons une plus large, avec un gros autocollant d'une marque de chips. Elle a deux freins qui rassurent sur les côtés. Fiers de notre acquisition, nous attendons le lendemain.
Nous y sommes, il fait très froid et nos vêtements font frout frout. La première descente nous la glissons avec circonspection du bout des fesses, les freins dans les mains. Rassurés sur la stabilité de notre embarcation nous glissons ensuite franchement et en criant. Avant la fin du jour, je tire mon fils, rouge et fatigué, assis silencieux dans sa voiture de course.
Glisser
Nous portons des patins neufs. Les miens sont très rembourrés et ne me font pas le pied léger. Mon fils pousse devant lui un cône en plastique. Il veut aller vite mais il ne sait pas, il rechigne à l'apprentissage. Il fait le tout mou, je ronge mon frein, je patine devant. Je reviens, il est couché sur la neige, il marmonne. Je dis « Quoi ?», il répète sans me regarder « mmalmmnmtiner »; « Quoi? » je répète avec trop d'autorité. Lui finalement les yeux dans les miens : « ÇA M'EST ÉGAL DE SAVOIR PATINER ». L'air est glacé tout autour de nous et personne ne vient à notre secours.
1 janv. 2009
22 déc. 2008
Revenue
Je n'aime pas trop les préparatifs de fête. Organiser des matières, en avoir assez, avoir les bonnes. Je n'aime pas trop quand ça doit changer, attendre le moment rare. D'avoir travaillé sans plus regarder dehors, j'ai redécouvert la ville sous la neige ce matin et tout m'est revenu, les façons de faire avec le froid, les épaisseurs traîtresses, l'éternelle jeunesse de ma première tempête. Nos enfants apprennent le froid, ils apprennent aussi Noël et ses prescriptions.
21 déc. 2008
La musique forte
En pyjama, sur les miettes du petit déjeuner, debout soudain d'être pris par le démon de la danse, secouer la tête et les cheveux avec, faire des grands gestes convaincus et beaux, croiser le regard de ses enfants, la tartine à mi chemin de la bouche stupéfaite, les emporter, partir loin sur un solo de guitare qu'est même pas un solo. Redescendre très vite d'un manque de précision
13 déc. 2008
L'université
C'est samedi et je viens travailler. Ça fait longtemps que je travaille beaucoup maintenant et ça commence à se voir. Comme je ne me sens pas beaucoup plus intelligente, ni n'ai encore vu de lapin qui coule, je guette les autres signes de mon corps qui attend son tour. Les mains rouges et toutes sèches, les paupières gonflées et les gros gilets que je porte désormais tout le temps même quand je sors ; trop gros sous mon manteau, ils m'empêchent de bien baisser les bras et me rappellent mon état d'apprenti.
4 déc. 2008
Le matin
Ils sont partis, bien empaquetés dans leurs manteaux d'hiver. Je les regarde descendre, les trois tout encombrés les uns des autres. Du haut de l'escalier je reste avec eux mais la porte fermée, je n'y suis plus, ils continuent sans moi. L'été je descend sur le trotttoir, en guettant du coin de l'oeil un pyjama trop léger ou peut-être tâché. L'été même nous partons tous ensemble en bicyclette. L'hiver c'est autre chose... Je dois avant de me mettre au travail, ranger la maison de la nuit et de son petit déjeuner. Je reste debout et cherche le bout des yeux, le bout de l'ordre que je dois tirer, le houspiller comme un enfant traîneux.
28 nov. 2008
La radio
Quand il dit «oui» on entend oui , un oui qui ne dit rien d'autre, qui a finit une fois qu'est dit.
Comme on n'a pas l'habitude d'entendre parler comme ça, comme ça frappe. Sa voix aussi a quelque chose qui marque, en matière, elle a l'air de traverser un grand espace de poil et de souffle. Nous écoutons debout dans la cuisine et ça nous vient de loin. Nos voix à nous ont l'habileté des urbains, c'est pas pareil, c'est plus poudré, qu'y pouvons-nous.
Comme on n'a pas l'habitude d'entendre parler comme ça, comme ça frappe. Sa voix aussi a quelque chose qui marque, en matière, elle a l'air de traverser un grand espace de poil et de souffle. Nous écoutons debout dans la cuisine et ça nous vient de loin. Nos voix à nous ont l'habileté des urbains, c'est pas pareil, c'est plus poudré, qu'y pouvons-nous.
19 nov. 2008
La reprise
La cagoule passe encore, la combinaison laborieuse mais nous l'enfilons. Les bottes la révoltent. Elle s'enfuit en se retournant, je pense à un film. Rattrapée, elle est chaussée, relâchée elle se jette sur le sol en hurlant. Se redresse en pleurs, défie courageuse ses pieds méconnaissables. Dans ces conditions, nous n'insistons pas. Je râle, cette chance qu'on refuse, et range au placard les bottes neuves et fourrées. Elle accepte des baskets trop grandes que son frère portait. Elle fait plac plac plac en marchant plat.
17 nov. 2008
L'économie des gestes
Les places sont fixées, je suis assise entre ma fille et mon fils en face de mon mari. Ma fille mange seule et sans regarder à la dépense. Je rattrape au passage ce qu'elle ne veut plus, j'esquive ses mains aux couleurs du repas. Je parle et j'écoute. Je regarde mon mari, le partage de ses gestes. La table nous constitue autour d'elle, penchés comme sur une maquette, je nous vois au travail. Je sors ma fille de sa chaise, elle dit «oh ohhhh» et apprécie avec moi l'étendue des dégâts. Son frère se penche sous la table et dit « y en a pas tant que ça !». Nous convenons d'un progrès. Il faudra après le repas frotter sa chaise et le sol, que je balaierai ensuite, absorbée consciencieuse.
12 nov. 2008
Parc avenue
L'avenue du parc en face de la montagne avec sa descente sur les tours me convainc toujours d'être là. Ce soir particulièrement, la lune très nette dans le ciel que le froid agrandit encore lui donne des airs de canyon. Cette avenue je la prend souvent je la connais très bien. Elle est mon avenue efficace par où je file rapide vers les enfants. Elle reste celle de mon dépaysement.
6 nov. 2008
Circonflexe
Elle a un nouveau poupon. Elle lui voue des excès, elle se jette sur lui, elle lui mange le visage. Elle le traîne par la jambe, elle lui parle mal, l'abandonne. « Ah quand même », je me détourne un peu. Elle le redécouvre, elle a un élan, je suis là aussi. Elle chantonne, elle le berce en tirant sur les é de «bébé». Elle me regarde en souriant, je lui rend son sourire. Elle le tire, elle le pousse, elle le porte, je les suis. Étrange petit binôme, drôle de mise en abîme. Le soir, elle le prend en pleurant un peu, lasse même de ce si grand amour.
5 nov. 2008
3 nov. 2008
Le désordre
Nous sommes arrêtés à la lumière avant d'emprunter une bretelle d'autoroute. Les choses sont bien ordonnées et nous ne les voyons pas. Derrière nous résonne une sirène, je regarde dans le rétroviseur, un camion de pompiers débroussaille à grand bruit les automobiles sur son passage. Je m'empresse de libérer la voie et me mets de travers devant mon voisin d'à côté. Le camion passe et hulule son urgence. Il est parti. L'ordre qui veut déjà se réinstaller nous trouve tout mal mis au milieu de la route, un peu coupables de notre écart.
1 nov. 2008
La science infuse
- tu sais comment faire pour devenir un savant ?
- non et ça m'intéresse
- alors tu mets de l'eau dans un verre; tu regardes longtemps ; tes yeux ils grossissent un peu
(Coup d'oeil au rétroviseur , ses index et pouces entourent chacun de ses yeux qui regardent au travers. Il prend un air, l'air hagard du savant sans doute)
- oui
- et après si le lapin coule tu es un savant
- ?
- .
- ah ... c'est pour ça que c'est difficile d'être un savant
- oui il faut que le lapin coule
- non et ça m'intéresse
- alors tu mets de l'eau dans un verre; tu regardes longtemps ; tes yeux ils grossissent un peu
(Coup d'oeil au rétroviseur , ses index et pouces entourent chacun de ses yeux qui regardent au travers. Il prend un air, l'air hagard du savant sans doute)
- oui
- et après si le lapin coule tu es un savant
- ?
- .
- ah ... c'est pour ça que c'est difficile d'être un savant
- oui il faut que le lapin coule
29 oct. 2008
L'intervention
Je m'applique à bien répondre, j'ai travaillé alors je peux parler. Sans doute ma réponse est trop longue ou plutôt oui incompréhensible. Il ne faut pas se dire cela. Trop tard je me le dis. Je n'arrête pas, je me vois continuer. Les mots sortent vrillés et je n'atterris pas. Enfin, ça arrive, il y a un embarras, un silence et un embarras. Le professeur reprend son monologue sans me serrer la main ni me taper dans le dos. Je regarde bien devant moi, ne pas me vexer trop. De son discours, le professeur regrette un peu, il se tourne vers moi « et en effet comme vous venez de le mentionner». Alors bien sûr après c'est pire.
26 oct. 2008
Un concert à Montréal
Il y a beaucoup de personnes sur scène, en fait beaucoup de femmes. Assises, elles attendent leur tour, elles jouent un peu, prennent des poses mais leur réalité résiste, irréductiblement non mise en scène. Et puis elles s'animent, tapent dans leurs mains, tapent du pied, chantent très fort. Certaines chanteront seules. Et la guitare et la batterie et l'homme qui chante aussi scandent leur présence. Si fort et tous ensemble. Le concert s'arrête très vite et nous tardons à partir. Nous croisons les chanteuses dans leur manteau, le maquillage cru sous la lumière du hall.
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